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Synthèse, faite
par Monsieur
Christian Danthès à partir des recherches
historiques disponibles au moment de l'élaboration du document.
L’actuelle commune
de St Pierre du Mont, (9874 habitants au recensement de mars 2011) apparaît
comme une ville voisine de Mont-de-Marsan, la préfecture des Landes
; s’étendant de la rive gauche de la Midouze ou nord-ouest jusqu’à
la voie ferrée Mont-de-Marsan - Tarbes au sud-est, elle dessine un demi-cercle
au sud de Mont-de-Marsan avec qui elle constitue une agglomération de
40000 habitants, au cœur de l’ancienne région historique du Marsan.
Elle fait partie du Marsan Agglomération, qui regroupe dix huit
communes.
St Pierre du Mont
constituait le foyer de peuplement initial, antérieur à la fondation
officielle de Mont-de-Marsan au XIIème siècle, ce qui lui vaut de posséder
le monument historique le plus ancien, son actuelle église dont la partie
primitive date du XIème siècle.
AUX ORIGINES DE
SAINT-PIERRE
un noyau de peuplement antérieur à la création de Mont-de-Marsan.
Le cœur actuel
de la commune est implanté sur un plateau qui domine d’une vingtaine
de mètres, par un talus abrupt la plaine de la Midouze. Ce plateau est
constitué à la base de faluns, de calcaires coquillers ou gréseux de
l’Helvétien (Miocène) autrefois exploités comme pierre à bâtir pour
les édifices les plus anciens de l’agglomération, en particulier au
niveau des carrières de Manot, au bord de la Midouze.
Ces matériaux rocheux sont surmontés par une couche épaisse d’une cinquantaine
de mètres de sables fauves du Tortonien (Miocène supérieur) et sur les
parties culminantes du plateau par des formations à dominante argileuse :
les glaises bigarrées du Pliocène (fin du Tertiaire) autrefois utilisées
comme matière première d’anciennes tuileries aujourd’hui disparues et
dont la présence est attestée par la toponymie locale (lieu-dit l’Argileyre).
L’extrémité nord-ouest du plateau se termine par un promontoire qui
surplombe par une partie vigoureuse l’actuelle route à deux fois deux
voies Mont-de-Marsan - Dax et dénommé Castéra. Faut-il y voir, comme
certaines traditions locales y incitent les restes d’un ancien oppidum
protohistorique, ou d’un ancien castrum gallo-romain, voire du Haut
Moyen-Age ?
Si la topographie des lieux démontre incontestablement la vocation défensive
du site, rien, dans l’état actuel des données historiques et archéologiques,
ne permet de conclure de façon convaincante au bien-fondé de ces hypothèses.
Les pierres polies retrouvées en assez grand nombre sur le territoire
communal ainsi que la découverte d’une hache néolithique ne permettent
pas de tirer des conclusions assez précises sur un éventuel peuplement
à l’époque préhistorique et protohistorique.

Récolte
du raisin et de la résine
Des travaux récents
d’historiens s’appuyant sur des recherches archéologiques permettent
au contraire de localiser plus au sud le foyer originel de peuplement,
à proximité de l’actuel lieu-dit « St-Louis », à l’extrémité méridionale
du plateau, au-dessus du vallon forestier du ruisseau de Bourhus.
La découverte entre 1972 et 1984 de substructions de murs, de nombreuses
tuiles romaines à rebord plat (tégulase), de fragments de poteries antiques
clairement identifiées et enfin d’un couvercle de sarcophage en pierre
datant du Haut Moyen-Age, montrent l’existence d’un habitat gallo-romain
dans un site caractéristique des domaines prospères de la période du
Bas-Empire (sommet de coteau exposé au sud, présence d’un ruisseau).
C’est sur ce même site de St Louis qu’une petite chapelle domaniale a
peut-être été construite peu après la christianisation ici tardive (la
création de l’évêché d’Aire datant de 506 on peut l’attribuer à la fin
du Vème siècle). Lui a succédé un peu plus tard une église plus conséquente :
l’église Saint-Genès-des-Vallées qu’une tradition locale tenace situait
tout au bord de la Midouze. Elle va devenir le centre d’une grande paroisse
originelle dont on ne connaît pas exactement l’étendue. On sait par
une charte du début du XIème siècle que cette église St Genès a été
donnée à la puissante abbaye bénédictine de Saint-Sever par le comte
de Gascogne Guillem-Sanche, en même temps que l’église de Saint-Pierre
(église actuelle). Patrimoine
de l'église.
La mention de ces
deux édifices religieux différents et voisins de quelques centaines
de mètres signifie que la paroisse originelle de St-Genès a commencé
à se démembrer pour donner naissance à une autre paroisse, celle de
St Pierre du Mont dont le site dominant directement la vallée de la
Midouze était plus adapté à une époque d’insécurité. La population de
St-Genès, en position moins abritée a alors commencé à se déplacer vers
le site de la nouvelle paroisse à la fois proche et plus sûr. Ainsi,
le site originel de St-Genès, assimilable à l’actuel « St Louis » est
remplacé comme noyau de peuplement principal par le site du bourg actuel,
autour de l’église St Pierre constituée en prieuré et construite au
XIème siècle par les moines maçons de l’Abbaye de St-Sever. De cette
ancienne église de St-Genès-des-Vallées, il ne subsiste presque rien
à l’heure actuelle, si une partie du mur occidental plus ou moins remanié
et intégré à une vaste demeure bougeoise de construction plus récente,
siège d’une exploitation agricole, l’actuel « Château Saint-Louis ».

La donation d'Amanieu
V d'Albret (1250)
Fresque de l'église de Lugaut
A partir du XIVème
siècle, on assiste au déclin progressif de St-Genès devenu une simple
annexe de St-Pierre ; des textes et actes notariés du XVIIème siècle
parlent encore de la « chapelle St-Genès » que l'on commence à appeler
chapelle Saint-Louis à la fin du XVIIIème siècle. Un document du diocèse
d’Aire, daté de 1749 utilisé pour parler de l’annexe de « St-Pé-du-Mont »
(on ne disait pas encore St-Pierre) porte la double mention « St-Genès
ou St-Louis ».
L’appellation St-Louis a donc succédé à celle de St-Genès pour la simple
raison que ces deux saints sont vénérés le même jour, le 25 août. En
choisissant un saint plus moderne (XIIIème siècle pour Saint-Louis canonisé
en 1297) que St-Genès (saint du IVème siècle originaire d’Arles) et
surtout plus politique (protecteur des rois de France) on respectait
la date du 25 août fêtée localement depuis l’an Mille.
Un autre document nous apprend qu’on y disait encore la messe en 1755
le dimanche matin et lors des principales fêtes de l’année liturgique
et qu’elle était le siège d’une active confrérie de St-Louis qui regroupait
deux cent personnes. De
cette église de St-Genès - St Louis provient enfin la statue en bois
de St Louis, peut-être offerte par la confrérie quelques années avant
la Révolution et conservée depuis le XIXème siècle dans l’église paroissiale
de St-Pierre où on peut encore l’admirer.

A la fin du XIème
siècle, au lendemain du transfert de population en provenance de "St
Genès des Vallées", St-Pierre du Mont groupait autour de sa nouvelle
église quelques modestes maisons rurales entourées de vignes. Les paroisses
de St Genès et de St Pierre gardaient des liens étroits avec l’abbé
de St-Sever qui disposait d’un droit de juridiction sur les habitants
et percevait six deniers sur chaque maison de la paroisse.
La fondation de
Mont-de-Marsan dans la première partie du XIIème siècle vient alors
changer la donne.
Saint-Pierre-du-Mont
s’écrivait au cours des siècles,
Saint-Pétri-de-Roqua, Saint-Pé-du-Mont,
Saint-Pétri-de-Mont-de-Marsan,
Saint-Pé-lez- Mont-de-Marsan.
JUSQU'À LA FIN
DU MOYEN-ÂGE
A partir de la
Fondation de Mont-de-Marsan, entre 1130 et 1140, traditionnellement
attribuée à Pierre de Lobaner, vicomte de Marsan (la vicomté de Marsan
est apparue en 996 dans un contexte d’affaiblissement politique du Comté
de Gascogne) ; le destin de St Pierre se trouve indissociablement lié
à celui de la capitale de la vicomté.
La fondation de
la ville nous est contée par l’historien béarnais du XVIIème siècle ;
Pierre de Marca, dans son « Histoire du Béarn » (1640) :
"entre 1133 et 1140, Pierre de Laubaner, vicomte de Marsan (et
par ailleurs comte de Bigorre) décide de constuire un château fort à
la confluence de la Douze et du Midou et de lui associer un « castelnau »
entouré de murailles. « Pour cet effet » écrit Pierre de Marca, « il
s’adressa aux habitants des communes voisines de St-Genès et de St-Pierre,
afin de les obliger à faire leur résidence dans la ville nouvelle qu’il
entreprenait, sous promesse de leur octroyer sa protection et toutes
sortes d’immunités ».
La bourgade nouvelle
fut nommée « le Mont de Marsan ».
Le site n’est pas le meilleur possible sur le plan stratégique et le
choix de Pierre de Lobaner tient sans doute à des raisons surtout économiques :
la confluence de rivières alors navigables (la Douze et le Midou qui,
réunis, donnent naissance à la Midouze) permet de créer ici une étape
de commerce des grains et du vin en provenance des riches terres du
proche Armagnac.
Sachant qu'en outre une route de pèlerinage à St-Jacques-de-Compostelle
passe par là, on comprend dès lors que le vicomte n’ait pas voulu abandonner
à l’abbaye de St Sever le contrôle de ce carrefour.
Ce récit de la fondation
de Mont de Marsan établi à partir d’une charte peu précise et ambiguë
pose un problème : bien que le texte de Pierre de Marca ne mentionne
aucune structure antérieure, la ville n’a peut-être pas été créée ex
nihilo vers 1133 et on ne peut écarter l’hypothèse de l’existence avant
cette date d’une modeste résidence des vicomtes de Marsan sur le site
du confluent.
En attirant les habitants des paroisses voisines, Pierre de Lobaner
n’aurait peut-être fondé qu’une « ville nouvelle », auquel cas, la charte
de fondation de 1133 transformerait un simple bourg castral (vague agglomération
spontanée d’hommes autour d’un château) en véritable castelnau.
Quoiqu’il en soit, il faut au vicomte de Marsan, pour mener à bien son
entreprise l’accord de l’abbé de St-Sever. Malgré les réticences initiales
de l’évêque d’Aire, un compromis est mis au point, par lequel l’abbé
donne son accord à la construction du « castelnau » sur le territoire
de la paroisse de St-Pierre et à l’installation des paroissiens de St
Pierre et St Genès à l’intérieur des murs de la ville nouvelle, en échange
de la concession d’un terrain pour la construction d’une église.
A partir de là,
Mont-de-Marsan commence à se développer autour de sa double fonction
de place forte (en plus du château vicomtal, deux autres châteaux seront
construits entre la fin du XIIème siècle et le XIVème siècle) et de
centre commercial organisé autour du port fluvial en relation avec le
port maritime de Bayonne à l’aval.

Au fond, on aperçoit
le clocher de l’église de Saint-Pierre. Ainsi, Mont-de-Marsan est née
de la paroisse de St-Pierre et la commune de St-Pierre aurait été fondée
en même temps que celle de Mont-de-Marsan par Pierre de Lobaner.
Cette particularité
valut à St-Pierre l’insigne honneur de servir de lieu de prestation
de serment pour les maires de Mont-de-Marsan : pendant cinq siècles
(du XIIème siècle à la fin de l’Ancien Régime), les jurats de Mont-de-Marsan
gravirent, en costume d’apparat le coteau de St-Pierre pour venir prêter
serment sur l’autel de l’église en témoignage des liens qui, à l’origine,
unissaient ces deux cités à l’abbaye de St-Sever.
À
LA FIN DU MOYEN-ÂGE
St-Pierre perd sa
prééminence religieuse dans la mesure ou, en 1305, l'acte d'union des
deux églises mères (St Genès et St Pierre) au nouveau prieuré de Mont-de-Marsan
consacre l'existence d'une nouvelle paroisse dédiée à Marie Madeleine
et prise sur le territoire initial de St Pierre du Mont.
La petite commune se consacre au fil des ans aux travaux agricoles traditionnels
(vigne, grains ... ), aux activités de batellerie liées à la proximité
de la Midouze : une confrérie de bateliers s'est établi sur les bords
de la rivière au cours du Xllème" siècle comme en témoigne la présence
dans l'église de St-Pierre d'un bateau, symbolique ex-voto dédié à cette
ancienne confrérie des bateliers.
Les chemins
de la commune étaient animés par le passage des troupeaux transhumant
de moutons béarnais conduits par les bergers aspois qui, aux approches
de la mauvaise saison, gagnaient les pâturages landais et garonnais
jusqu'aux portes de Bordeaux.
Faut-il mettre en relation avec ce serment l’origine de l’emblème officiel
de la ville de Mont-de-Marsan, à savoir les deux clés de St Pierre ?
Selon la tradition, une réplique décorée de ces clés est lancée par
le maire de la cité montoise, depuis le balcon de l’hôtel de ville,
à la jeunesse locale lors de l’ouverture officielle des Fêtes de la
Madeleine aux alentours de chaque 20 juillet.
Particularité
de Saint-Pierre-du-Mont, la fontaine « Saint Louis » était située à proximité
de l’ancienne chapelle Saint Louis. Inutilisée aujourd’hui, elle aurait
pu servir à guérir les rhumatismes…

SUR LES CHEMINS
DE ST JACQUES
Les Saint-Pierrois
assistaient au passage des pèlerins de St Jacques de Compostelle ( la
route dit « limousine », avec Vézelay pour point de départ, passait
par Mont-de-Marsan et Saint Pierre du Mont ) : après la redoutable traversée
des austères solitudes de la lande, sortant de Mont de Marsan où ils
avaient pu se reposer à l’hôpital Saint Jacques situé à l’extérieur
des remparts, les pèlerins gravissaient le coteau, passaient devant
l’église Saint Pierre puis devant Saint Genès et par les lieux-dits
« le Gude » puis « Petit Mijoulin ». Après avoir traversé la forêt de
Mauco ( Maucor, mauvais cœur ), ils gagnaient l’hôpital du Bas de Pouy
à Saint Sever.
Depuis le Xlème
siècle, l'histoire de la commune est tributaire de celle de la petite
Vicomté de Marsan incluse dans un Duché d'Aquitaine lui-même englobé
dans le vaste domaine des Plantagenêt à la suite du remariage d'Aliénor
d'Aquitaine avec Henri Il Plantagenêt en 1154.
La région devient alors le lieu de toute une série de rivalités et de
troubles à resituer dans le cadre de la montée en puissance de l'affrontement
entre couronne de France et couronne d'Angleterre. La Vicomté de Marsan
passée successivement entre les mains de la maison Moncade, puis de
la maison de Foix-Béam (en particulier à l'époque de Gaston Fébus) est
alors le jeu (et l'enjeu) des relations complexes entre des vassaux
gascons plus ou moins fidèles à leur suzerain le duc-roi (duc d'Aquitaine
et roi d'Angleterre) et les souverains français désireux à l'occasion
de s'approprier ce duché.
Il est difficile de dire dans quelle mesure les retombées de ces guerres
féodales qui ont affecté la vie des habitants du Marsan en y débouchant
sur la création de nombreuses bastides et en faisant de Mont de Marsan
une place forte convoitée, désormais dotée de trois châteaux, ont pu
bouleverser la vie quotidienne des Saint-Pierrois.
Si, même pendant
la guerre de cent ans, les maîtres de la vicomté ont su tirer leur épingle
du jeu et éviter le pire à ses habitants, une fois le conflit terminé,
l'Aquitaine passe définitivement sous contrôle du Roi de France au lendemain
de la bataille de Castîllon (1453) et il n'y a plus, dès lors, d'obstacle
de taille à la volonté du pouvoir royal.
DU DÉBUT DES TEMPS
MODERNES À LA RÉVOLUTION
Alors que la région
est devenue à la fin du XVème siècle possession de la famille d’Albret
et que le Marsan, par décision royale, est organisé en sénéchaussée
distincte, le début du XVIème siècle est marqué par le séjour à Mont-de-Marsan,
de Marguerite de Navarre (sœur de François 1er et épouse d’Henri II
d’Albret), désormais retirée des affaires politiques.
C’est dans la capitale
du Marsan qu’après avoir rédigé la préface de l’Heptaméron, elle écrivit
et fit jouer une de ses œuvres maîtresses : « La comédie de Montemarsan ,
interprétée par ses familiers le 14 février 1548, jour du Mardi-Gras,
dans le château vicomtal." Montois et Saint-Pierrois ont-ils
été sensibles à ces entreprises poétiques ? Comment auraient-ils réagi
à la lecture de ces quelques vers figurant dans une lettre adressée
à son frère en 1546 ?
« J’ai
recueilli un désert mal en point feuilles et fleurs, pour vous faire
un pourpoint ».
En outre,
les habitants du lieu ne semblent pas insensibles aux idées calvinistes
que la très tolérante sœur de François 1er laisse se développer (sans
pour autant rompre avec le catholicisme) et déjà répandues en Béarn
et dans les autres fiefs gascons d’Henri d’Albret.
Mais, dès 1550,
au lendemain de la mort de Marguerite de Navarre, deux habitants de
Mont-de-Marsan, Jean Dumoulin (artisan serrurier) et l’ancien prêtre
Pierre Doudejoux, traduits en procès pour hérésie devant le Parlement
de Bordeaux sont condamnés à mort et exécutés, le premier par strangulation,
le second par décapitation. C’est le signe précurseur de troubles et
d’affrontements violents qui vont déferler sur la région et mettre le
Marsan à feu et à sang.
Les travaux de recherche de Mme Lafitte-Tambon ont permis d’estimer
à un tiers de la population les protestants à Mont-de-Marsan au moment
de l’apogée locale du calvinisme dans les années 1560.
La cité vicomtale, position stratégique essentielle change quatre fois
de mains au cours de la période passant successivement sous le contrôle
d’un camp puis de l’autre.
Après les premiers
incidents, les habitants de St-Pierre, du haut de leur promontoire ont
pu assister au passage sur le territoire communal, en route vers Dax,
du cortège royal de Catherine de Médicis, quittant Mont-de-Marsan après
un séjour d'une quinzaine de jours en mai 1565.
Encore désireuse d’aboutir à une paix religieuse, elle s’était lancée
à cette époque dans un grand tour de France pour présenter le jeune
roi Charles IX à ses sujets.
C’est à cette occasion qu’au début de mai 1565, Mont–de-Marsan vit arriver
par la route de Bordeaux, venant de Roquefort, le cortège royal dans
toute sa splendeur.
Les historiens Louis
et Michel Papy, dans leur « Histoire de Mont-de-Marsan », tome 1, en
font un récit pittoresque : « La petite ville accueille par la porte
de Roquefort, le plus fantastique défilé jamais entré dans ses murs :
un régiment de gardes françaises, des compagnies de gens d’armes et
de chevaux légers font escorte au cortège royal. Catherine et Charles
IX ont chacun leur coche tiré par quatre chevaux et leur litière de
parade, leurs chariots doublés de velours contenant les malles et coffres
avec costumes de parade, registres et écritoires, bijoux et trésors,
victuailles »... « n’oublions ni les nombreux gentilshommes chevauchant
en voyageant en litière, ni les demoiselle d’honneur invitées par la
reine... ni surtout les enfants de Catherine de Médicis et les cousins
dont l’héritier de Navarre âgé de onze ans (le futur Henri IV). A tout
cela il faut ajouter une foule de laquais et des barbiers, des médecins,
des apothicaires, des palefreniers sans compter les animaux : outre
toute une cavalerie, les deux mulets qui portent les fruits et les confitures
pour la reine, les chiens dont le roi use pour ses chasses, les dogues
et les lévriers dont Catherine ne peut se passer »...
Pendant les deux semaines de séjour de la cour de France à Mont-de-Marsan,
aucune grande fête qui aurait pu distraire la population locale ne fut
donnée. Pourtant, la vie quotidienne de la cour ne fut pas trop austère,
ajoutent Louis et Michel Papy qui poursuivent ainsi leur récit : « Le
10 mai, lendemain de l’entrée dans la ville est un vendredi et il convient
de respecter les règles de l’Église : à la table du roi et de la reine-mère
sont exposés une grande variété de poissons accommodés de plusieurs
manières, saumons, esturgeons et aloses de l’Adour ou de la Garonne,
morues salées et raies, carpes et huîtres ; il y a aussi des tortues,
des fèves et des pois et surtout des oranges et artichauts dont raffole
la reine. Les autres jours, le menu n’est pas moins alléchant, puisqu’il
est composé de viande de bœuf, de mouton, de porc, de chevreuil et toutes
sortes de délicats volatiles, chapons, poules et pigeons, tourterelles,
cailles et gélinottes que suivent fromages et fruits »...
Les souverains
d’alors auraient-ils été sensibles à la vocation gastronomique des pays
gascons ? Après cet intermède, les troubles et les violences reprennent
de plus belle.
Mont de Marsan et
Saint Pierre sont au cœur des affrontements que se livrent en Gascogne
et en Béarn le chef local des armées catholiques Blaise de Montluc,
lieutenant général du roi en Haute-Guyenne et Mongomery, chef des armées
protestantes aux ordres de Jeanne d’Albret.
Le 19 septembre 1569. Montluc et ses troupes arrivent sur les hauteurs
de St-Pierre d’où ils découvrent les murailles de la ville forte de
Mont-de-Marsan, le lendemain, ils s’emparent de la ville qui est alors
livrée à la soldatesque.
Elle fut reprise une dernière fois en novembre 1583, par Henri de Navarre
qui parvint à y faire régner la paix avant de l’élancer à la conquête
du trône de France.
Elle devient une des places de sûreté attribuée aux calvinistes par
l’Edit de Nantes en 1599 même si, en fait, la modeste garnison locale
se limitait à vingt et un hommes.
C’est au cours de
cette période agitée, sans que l’on puisse préciser l’année exacte,
que l’église de Saint-Pierre fut pillée et en partie détruite, A ce
propos l’abbé Coudroye écrit en 1840 : « L’histoire rapporte que
lors des guerres de religion cette église fut incendiée par les armées
de Jeanne d’Albret en même temps que l’église Ste-Madeleine de Mont-de-Marsan :
les flammes dévoraient toute la toiture de la nef et le clocher qui
s’écroule avec une partie considérable de la voûte.... Elle fut
restaurée par M. Glize, curé de l’endroit en 1773 ». (extrait des
archives paroissiales).
Malgré le passage
de nombreuses troupes liées à la guerre du sel déclenchée à la suite
de la révolte d’Audijos et à la participation de Mont-de-Marsan à la
Fronde, le XVIIème et le XVIIIème siècles apparaissent ici comme une
période plus calme, marquée essentiellement par la montée en puissance
du pouvoir royal et l’affirmation du rôle des intendants jusqu’à ce
que survienne la tourmente révolutionnaire.

AU TEMPS DE LA
RÉVOLUTION
La région de Mont-de-Marsan
suit avec intérêt et dans le calme les événements décisifs de 1789.
Le nouvel ordre administratif mis en place par l’Assemblée Constituante
implique la disparition de l’ancienne sénéchaussée du Marsan munie de
droits et privilèges de pays d’Tass et la cité montoise devient chef
lieu du nouveau département des Landes, triomphant habilement de la
concurrence dacquoise.
Mais des difficultés
commencent à se manifester en 1731 dans le domaine religieux suite au
schisme entre clergé constitutionnel et clergé réfractaire consécutivement
à la mise en place de la Constitution civile du clergé et à l’arrivée
du nouvel évêque constitutionnel Saurine.
A cela s’ajoutent les méfaits de la crise économique : l’assignat se
dévalue et les ouvriers rétribués avec ce papier-monnaie sont les premiers
à en souffrir : les bateliers du port de Mont-de-Marsan refusent alors
d’être payés en assignats.
Le problème des subsistances commence à se poser, les denrées circulent
mal et des attroupements de paysans mécontents se multiplient dans les
campagnes autour de Mont-de-Marsan : ils se refusent à payer les fermages
à leurs propriétaires : il faut alors envoyer la garde nationale pour
rétablir l’ordre.
Les problèmes religieux
s’accentuent en 1792 : le 22 mai, le prêtre Lataste, curé de St-Pierre-du-Mont
et considéré comme prêtre réfractaire s’estime persécuté, et pour s’en
plaindre, envoie une lettre au ministre de l’intérieur ce qui lui vaut
d’être interdit et proscrit de sa commune sur mandement de sept gendarmes
à cheval qui l’obligent à quitter les lieux ; les archives locales gardent
la trace de cet épisode : «Parmi les aristocrates avérés et apostillés
est cité le sieur Lataste ci-devant curé de St Pierre du Mont près de
Mont-de-Marsan». Un
peu plus loin dans ce même extrait d’archives, il est décrit : « rubicond
comme un cardinal et rayonnant de gloire comme un baudet harnaché »...
Il est alors remplacé par le prêtre constitutionnel Lapeyre.
Un peu plus tard
en 1795, une enquête est diligentée concernant les prêtres réfractaires
et en particulier le curé Lataste ; il est suspecté d’avoir officié
publiquement dans un pressoir non loin de la ville au lieu dit « Biarnés ».
On sait par ailleurs qu’au niveau de la commune les prêtres réfractaires
et leurs partisans se cachaient à l’époque, dans la métairie « Lahitte »
à deux kilomètres de l’église.
En 1792 à l’époque
où sévissaient à Paris les massacres de Septembre, le Directoire du
département suspend la municipalité de St-Pierre accusée d’être responsable
de troubles, exclut de son sein Lubet-Barbon soupçonné d’avoir caché
chez lui un prêtre réfractaire, et interdit sous peine de sanctions
sévères de colporter les journaux hostiles aux « patriotes ».
Le 1er octobre 1793,
la petite église de St-Louis (ex St-Genès) est vendue six cent vingt
cinq livres par le Conseil de fabrique de St Pierre, comme bien national,
à un négociant et administrateur du directoire de Mont-de-Marsan, Jean-Baptiste
Laurens.
Par un arrêté en
date du 23 mai 1893, St-Pierre, ainsi que quelques autres paroisses
périphériques est rattachée provisoirement à la commune de Mont-de-Marsan
et se trouve administrée, tout comme le chef-lieu, par un conseil général
élu, composé de toute la gamme de la bourgeoisie montoise (bourgeoisie
judiciaire, membres du corps médical, négociants, tous nourris de philosophie
des Lumières) ainsi que de quelques représentants du milieu artisanal,
le tout de tendance montagnarde... du moins jusqu’à la chute de Robespierre...
dont tous s’empressent de se réjouir...
L’hiver 93 et l’été
94 sont particulièrement rudes : la difficile application de la loi
du maximum, l’organisation du ravitaillement, préoccupent les autorités :
en juillet, la viande se fait rare dans les boucheries, on manque d’huile,
de savon, de sel : la municipalité lance un appel aux bâillonnais pour
qu’ils envoient du sel. Si les riches parviennent, non sans mal, à s’approvisionner,
le petit peuple souffre : les bateliers, faiblement rétribués en arrivent
à refuser de travailler pour l’armée, les bouviers ne répondent plus
aux réquisitions et préfèrent, pour y échapper, vendre leurs bêtes à
bas prix.
De tels agissements provoquent la colère des autorités : « chaque
jour, l’avarice et la cupidité trompent la vigilance des magistrats »
écrivent les représentants en mission. En conséquence, le conseil de
District proclame sa volonté d’organiser des perquisitions pour « découvrir
les agioteurs et les spéculateurs » et annonce son intention de
traduire devant les tribunaux, les bateliers et les bouviers refusant
de travailler pour l’armée sous prétexte qu’ils sont payés en assignats.
Ces mesures aboutissent à démasquer quelques « accapareurs » et à provoquer
la reprise du travail des bateliers et bouviers récalcitrants.
La disette de 1795
provoquée par la flambée spéculative qui suit l’abolition de la loi
du maximum en décembre 1794, génère les dernières révoltes locales :
le 20 janvier 1795, au quartier du Gésitz (à la sortie sud de Mont-de-Marsan,
limitrophe de St-Pierre), des gens privés de pain et exaspérés, s’en
prennent au citoyen Gaube qu’ils accusent d’être responsable de la hausse
du maïs, incident qui provoque l’intervention de la garde nationale.
Au total, les différents
épisodes de la Terreur qui ont marqué la période dans l’ensemble du
pays, n’ont provoqué que peu de dégâts humains autour de Mont-de-Marsan.
Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres villes du département,
la guillotine ne fit ici qu’une seule victime : le 23 octobre 1793,
le curé de Samadet, Cabiro, emprisonné à Mont-de-Marsan, fut exécuté
place de la Liberté (actuelle Place St-Roch) un mardi, jour de marché
choisi « pour la publicité et l’effet d’exemple ».
La situation
se stabilise à partir de la fin 1795.
AU XIXème ET AU
XXème SIÈCLE
Distribution
des neuf quartiers de Saint Pierre du Mont telle qu ‘elle était établie
par la confrérie du Saint Sacrement en 1833 :
- Quartier
de Saint-Pierre
- Quartier
de Rigole
- Quartier
de Harrissot
- Quartier
de Lareigne
- Quartier
du Guarderon
- Quartier
de Baché
- Quartier
de Castets
-
Quartier de Gude
- Quartier
de Labache
LES TRANSFORMATIONS
ÉCONOMIQUES
Le XIXème apparaît ici comme le siècle des innovations dans le domaine
agricole. Dès 1802 est effectué un essai de culture de l’arachide dans
la métairie du « Grand Tic », appartenant au citoyen Lacère, essai qui
donna dans un premier temps des résultats inattendus avant de se révéler
utopique.
Mais les principales expériences en matière agricole sont le fait d’un
personnage devenu une célébrité landaise et qui a marqué de son esprit
d’entreprise l’économie du département, le marquis de Cornouille.
Cet héritier d’une
des plus anciennes familles de la noblesse bretonne, après avoir quitté
l’armée en 1831 avec le grade de lieutenant-colonel, au terme d’une
carrière militaire classique, teste ses qualités d’agronome sur les
terres familiales de Bretagne, avant de s’intéresser au développement
économique du département des Landes où il achète des terres, d’abord
en Haute-Lande aux confins du Lot-et-Garonne. Installé avec sa famille
à Mont-de-Marsan à partir de 1840, il devient membre éminent de la société
d’Agriculture et fait l’acquisition de nouvelles terres, en 1866, à
St Pierre du Mont et à St-Médard.
Il y fait construire des maisons et y crée une véritable ceinture maraîchère
où il pratique en particulier la culture d’asperges dont il écoule la
production vers Bordeaux.
Il se lance ensuite dans l’industrie, créant la minoterie de Mont-de-Marsan
située au confluent de la Douze et du Midou, au pied d’une petite chute
d’eau, et qui a fonctionné jusque dans les années 1950.
Il a aussi installé sur la rive droite de la Midouze, une scierie mécanique,
des moulins à huile traitant les graines de lin et de colza et une fonderie.
La deuxième partie
du XIXème siècle est marquée, suite à la loi de 1857, par la pratique
systématique de plantations de pins maritimes dans tout l’intérieur
du département, débouchant sur la création de l’immense forêt de Gascogne,
qui fit la fortune de la région jusqu’à la fin de l’entre-deux guerres.
Cette forêt dominée par « l’arbre d’or » couvre encore la partie sud
de la commune aux lisières de Haut-Mauco et de St-Perdon.
St-Pierre et Mont-de-Marsan
sont aussi affectées par les progrès des transports.
Dans les années 1850 est construite la voie ferrée Morcenx – Mont-de-Marsan,
un peu plus tard prolongée jusqu’à Tarbes et qui traverse le territoire
de St-Pierre avant d’atteindre la gare de Mont-de-Marsan.
Son inauguration officielle a lieu en 1859 à l’occasion du passage à
Mont-de-Marsan de Napoléon III accompagné de l’impératrice Eugénie.Le
canon tonne alors, en l’honneur du couple impérial sur les hauteurs
de St-Pierre.
Par contre la révolution
industrielle du XIXème siècle, ne semble pas modifier de façon significative
la vie de l’agglomération. A ce propos, on sait qu’en 1857, la Cie du
Midi demande et obtient l’autorisation d’établir une machine à vapeur
dans les dépendances de la gare. La construction de nouvelles voies
ferrées et le développement des transports ferroviaires viennent en
fait concurrencer victorieusement la vieille batellerie locale, qui
avait atteint son apogée au XVIIIème siècle et qui, désormais, entre
dans une phase de déclin progressif débouchant sur la fermeture du port
fluvial dans les années 1900.
Outre les transformations
économiques, l’autre grande affaire locale du XIXème siècle tourne autour
de la question de la survie de la commune et des modifications de son
territoire : en 1864, le projet d’annexion d'une partie du territoire
communal à Mont-de-Marsan, soulève une tempête de protestations et déclenche
des échanges épistolaires assez vifs avec les autorités.
En fait, il s’agit
de la renaissance de vieux projets qui semblent avoir suscité bien des
polémiques de 1800 jusqu’au milieu du XIXème siècle : déjà une ordonnance
royale de Louis-Philippe, en 1831, avait fait taire un tollé, en confirmant
le tracé des limites communales alors en place et en assurant l’indépendance
des communes périphériques de Mont-de-Marsan menacées d’annexion (il
s’agissait de St-Pierre-du-Mont, St-Jean-d’Août, St-Médard et Nonères).
Mais jusqu’en 1964,
on trouve des délibérations dans les deux communes de Saint-Pierre-du-Mont
et de Mont-de-Marsan remettant en cause les limites du territoire entre
les deux communes. C’est une question récurrente. Deux faits en sont
à l’origine : l’octroi et le cadastre.
A l’origine, la
ville de Mont-de-Marsan se trouvait comprise uniquement entre les deux
rivières, la Douze, le Midou. Au fil des siècles, la population augmentant,
son territoire se trouvait trop exigu pour accueillir les nouveaux habitants
qui faute de place, s’installèrent à la périphérie de la ville. La vie
économique se sclérosait du fait de l’affaiblissement des capacités
financières de la noblesse et de la haute bourgeoisie. Les propriétés
se disloquaient du fait des successions familiales et des alliances
matrimoniales.
De nouveaux bourgeois venus de la Chalosse toute proche ou du Pays Basque
prenaient pied dans la ville. C’est surtout à la périphérie que se fixèrent
ces nouveaux notables. La source des richesses se déplaçait. Les ressources
fiscales ne se trouvaient plus « intra-muros ». L’extension du territoire
induisait la recherche d’un accroissement des ressources fiscales afin
de faire vivre « ces nouveaux territoires ». C’est alors le mécanisme
de l’octroi qui entre en jeu. L’octroi est une taxe indirecte de consommation
établie au profit des communes sur certaines denrées et sur certains
objets consommés à l’intérieur des communes. Elle s’appliquait aux villes
de 5000 âmes au moins.
L’octroi avait le grave inconvénient de porter sur les denrées nécessaires
à la vie. C’était hélas une condition nécessaire de son activité. Si,
seuls les objets de luxe avaient été soumis aux droits, le rendement
eut été beaucoup moindre. Au point de vue fiscal, l’octroi portait une
grave atteinte à la liberté des citoyens et aux relations commerciales
par la gène et les retards qui résultaient des visites et vérifications
à l’entrée des villes. Malgré de nombreuses tentatives pour le supprimer,
il fallu attendre 1930 pour le voir disparaître et il fut légalement
aboli par une ordonnance de 1948.
Ce droit d’octroi est l’un des piliers sur lequel repose le désir d’annexion
des communes par Mont-de-Marsan.
Le deuxième pilier
est la mise en place du Cadastre sous Bonaparte. Une circulaire du 13
mars 1806 en précisait le mode opératoire. En 1789, à la Révolution,
la ville de Mont-de-Marsan et les communes environnantes étaient circonscrites
par ce qu’il est convenu d’appeler de manière imprécise : la paroisse.
Cet espace n’avait pas de délimitation précise et reconnue.
Les églises des villes et villages pouvaient en être considérées comme
le centre géométrique et c’était les fidèles, qui au fil des siècles
marquèrent de façon invisible, les limites.
La Convention sentit la nécessité de normaliser ces limites par la mise
en place du cadastre. Pour la ville de Mont-de-Marsan et des communes
environnantes la mise en place du cadastre, au lieu de régler les conflits,
les raviva.
Dans son livre : « Mont-de-Marsan et ses banlieues», Michel Lévèque
nous relate les diverses délibérations des Conseils Municipaux relatives
aux limites territoriales qui nous montrent à quel point cette question
fut importante et passionnée.
Finalement, en 1866,
Saint Jean l’Août, Nonères et Saint-Médard de Beausse sont annexées
à Mont-de-Marsan. Saint-Pierre-du-Mont assure sa survie en tant que
commune indépendante mais au prix de
la perte de la partie nord du territoire communal, intégrée désormais
au territoire de Mont-de-Marsan (les limites anciennes passaient aux
alentours de Plumaçon, c’est-à-dire de l’actuelle place des Arènes du
chef-lieu, de la place J. Jaurès et de la place St Louis).
L’antériorité historique de St-Pierre par rapport à Mont-de-Marsan a
sans doute pesé lourd dans le décision finale qui a permis la pérennité
de la commune.
La
ligne de démarcation: elle traversait la route du Houga en face
de l'entrée du lotissement de Marcus (anciennement Métairie
Balane), elle poursuivait par le champs des "Coutouneau",
champs du Pouy (qui appartenait à Monsieur Dupouy), puis elle
traversait la route de Grenade (à la hauteur de la maison de
la presse), se prolongeait par la métairie du "Haïroun"
et butait contre la route de St Sever.
Si
l’histoire récente de St-Pierre se confond pratiquement avec celle de
sa grande voisine montoise, quelques faits précis peuvent être signalés:
la création du groupe scolaire et de la mairie actuelle en 1912.
La construction du monument aux morts par le sculpteur montois E. Ducom
en 1924, celle du fronton de pelote basque en 1939 (démoli en
2003), toutes ces constructions étant situées à proximité immédiate
de l’église.
LA
LIBÉRATION
Saint Pierre du Mont et Mont de Marsan vécurent ensemble les
deux dernières guerres et leur histoire se ressemble. Il est
cependant important de signaler que c'est sur la commune de St Pierre
qu'eut lieu la libération de Mont de Marsan, le 20 août
1944, libération qui est commémorée tous les ans
au Pont de Bats.

Louis Papy
écrit au lendemain de la libération:
Dimanche 20 août
1944
Depuis la veille, le pays est secoué d'explosions formidables. Tout
saute autour de Mont de Marsan: le camp d'aviation immense construit
sur l'emplacement de forêts abattues et où, pendant des années on coula
tant de béton; ces dépôts d'explosifs accumulés et camouflés au prix
de tant de peine; ces bastions qui n'auront servi à rien, ces hangars,
ces ateliers... tout saute!
Tout s'en va en fumée. Quelques jours avant les allemands annonçaient
par affiches que si la population s'agitait, ils bombarderaient la ville...
En tous cas les allemands s'en vont.
Autour de la ville,
des troupes de soldats couchés sur le sol, stupides, regardent les noires
colonnes de fumée s'élever dans un ciel d'orage. Ces soldats, hier encore,
défilaient allègrement en chantant dans les rues de la ville. Les voici
vaincus, découragés, vautrés...
Au fond d'eux-même beaucoup se disaient que la guerre est finie pour
eux; ils se réjouiraient s'ils ne redoutaient les vengeances de ces
« terroristes » dont on leur a fait un épouvantail.
En même temps, ce sont, en ville, des scènes de pillage. Les allemands
avaient entassé des stocks considérables. Ils ne les brûlent pas, mais
ils refusent de les livrer aux autorités françaises. Ils permettent
à la population de les piller. Ainsi c'est la ruée sur les hangars où
sont entreposés ces richesses, sacs de biscuits que l'on éventre, caisses
de sucre, boites de conserves de toutes sortes, vin des meilleurs crus
de Bordeaux et de Bourgogne, liqueurs les plus fines, bougies, savons,
bonbons que sais-je encore?... Aux braves gens du peuple, dont beaucoup
souffraient si longtemps de privation, se mêlent des personnages honorablement
connus dans la cité, et qui eux aussi pillent sans vergogne...
Tous ce peuple affairé ne montre pas encore sa joie. Le ciel est bas
et triste. Le boche est encore là, retranché à l'aérodrome, dans le
quartier du lycée et la boucle de la Douze. Partira-t'il? On n'ose encore
y croire...
Lundi 21 août
1944
Quelle explosion soudaine de joie! Dans la nuit, les allemands se sont
retirés vers le camp d'aviation, les premiers maquisards sont arrivés.
Comme par un coup de baguette magique, la ville a été pavoisée en un
instant.
Sous les acclamations, passent les premières troupes FFI. Équipements
disparates. Armements hétéroclites. Beaucoup de ces hommes ont la mine
de gens qui ont longtemps couru la campagne, campé n'importe où, supporté
les intempéries. Arriveront vers midi des détachements bien encadrés,
à la tenue impeccable. On les acclame encore. L'auditeur de Philippe
Henriot se frotte les yeux: ce sont là les terroristes dont nous parlait
la radio de Vichy?
Tout ce bon peuple de Mont de Marsan exprime en criant, en courant de
façon désordonnée son bonheur d'être délivré d'une si longue et si pesante
oppression. On chante la Marseillaise à tue-tête... Surprise! Au balcon
de l'hôtel de Ville, devant la place noire de monde, apparaît Monsieur
le maire Larrieu. Il est flanqué de deux officiers des armées alliées,
un capitaine écossais et un capitaine américain, parachutés dans la
région. A l'adresse de ceux-ci monte de la foule une acclamation puissante.
Le Maire parle et gesticule. Il explique que pendant l'occupation, il
a fait ce qu'il a pu et qu'il se retire pour faire place à un plus jeune.
Monsieur le Maire, qui eu de forts bonnes relations avec les officiers
de l'armée d'occupation « ils étaient si corrects », embrasse avec effusion
les officiers des armées alliées. On applaudit... Comment n'applaudirait-on
pas? Voilà qui est bien joué! Ainsi s'achève un long règne municipal.
Ma foi, le départ s'est fait en beauté.
Aurait-on célébré
trop tôt la libération? Vers 13h des coups de feu retentissent: on dit
que des détachements allemands, aux abords de la ville, ont tiré en
se retirant. Plus tard, on annonce qu'une colonne allemande s'avance
vers la ville. On enlève les drapeaux sur la rue centrale. Bientôt le
bruit se précise: les allemands arrivent, venant de Tartas, par la route
de Bayonne.
Ils sont nombreux: environ quarante camions chargés d'hommes. Ils s'agit
d'une de ces colonnes qui vont, désemparées, qu'on verra errer à la
dérive dans les Landes pendant plusieurs jours encore. Quel est le but
de celle-ci?
Sans doute rejoindre à Mont de Marsan les allemands qu'elle croit encore
retranchés. On peut supposer que les officiers ne veulent ni livrer
bataille ni saccager la ville. Mais est-ce sûr? La situation peu devenir
critique: à Mont de Marsan, la Résistance s'est démasquée...
Les FFI sont insuffisamment armés. Braves petits gars du Maquis! Courageusement,
au nombre de 200 environ, ils se portent au devant de l'ennemi. La lutte
sera farouche, acharnée.
Elle commence au Pont de Bats, où les FFI combattent pied à pied. Manœuvrant
à l'abri du talus de chemin de fer, les allemands tentent de déborder
la défense française. La lutte est inégale: l'armement allemand est
tellement supérieur! Il faut supérieur! Il faut se replier sur le pont
de Luxey, puis toujours en combattant, jusqu'aux abords de la ville...
Je connais des gamins de Mont de Marsan, qui savaient à peine tenir
un fusil et se conduisirent ce jour là en héros, des soldats nord-africains
et noirs, anciens prisonniers, qui accomplirent des exploits. Tout à
coup un camion saute: c'est une détonation formidable. Il semble que
l'incident ait déconcerté les assaillants. Ceux-ci sont surpris de se
heurter à la résistance obstinée de Maquisards, qu'ils croient nombreux,
et de n'avoir pas eu le secours de la garnison allemande de Mont de
Marsan, qu'ils pensaient encore maitresse de l'aérodrome.
A la nuit, la fusillade a cessé. Les Maquisards ne disposent plus de
beaucoup de munitions. On entend les officiers allemands hurler leurs
ordres. La troupe ennemie ramasse ses morts et ses blessés, abandonne
sept ou huit camions; et s'en va reprendre sans course, sans espoir...
Trois Français ont
payé de leur vie la sécurité de la ville; l'officier écossais, que l'on
avait fêté le matin même est tombé, lui aussi au champ d'honneur. Le
24 août, toute la ville suivit la dépouille mortelle de ces braves;
en l'église de la Madeleine, l'archiprêtre Beaumont, entouré de ses
vicaires, dont on a remarqué les brassards à croix de Lorraine, magnifia
leur sacrifice.
Dans Mont de Marsan
libéré, le nouveau régime s'établit. Le nouveau préfet, Monsieur Paul
Chary fit un long séjour dans les geôles allemandes; chacun connait
son courage, son intégrité parfaite. Le nouveau maire, Monsieur David,
censeur du lycée, est aussi un résistant de la première heure, un administrateur
de talent. L'un et l'autre ont fort bonne prestance. On procède à l'arrestation
de collaborateurs notoires; tout se passe en ordre, sans ravitaillement
s'améliore un peu... O merveille! L'éclairage axial reparait. Il y a
encore fort à faire pour établir l'ordre dans la maison, liquider l'héritage
de quatre années sinistres d'occupation.
Le lendemain des
combats, restes des camions allemands devant la maison Cascay,
route de Bayonne entre les deux ponts de Luxey et de Bats.
Les combats de
St Pierre du Mont
La bataille commença au lieu dit "Trompeur", à
la limite de St Pierre et de St Perdon, pour se terminer à la
passerelle de Luxey qui délimite St Pierre et Mont de Marsan.
Les FFI prirent leurs dispositions de combat de part et d'autre de la
route ne cessèrent de harceler et de freiner l'avance de l'ennemi.
Il est à peine besoin de préciser que la bataille n'était
pas égale, mais la bravoure de nos défenseurs se surpassa,
et ils surprirent certainement l'ennemi qui mit en oeuvre toutes ses
ressources.
Les Allemand avançaient peu à peu, ils étaient
attendus toutefois au Pont de Bats, où la défense fit
des merveilles. Hélas la portée insuffisante des armes
portatives ne permit point de déjouer la manoeuvre d'encerclement
des assaillants, qui se dispersant autour du Pont de Bats, cherchaient
à contourner nos défenseurs. Héroïquement
succombèrent dans le corps à corps quatre vaillants combattants.
La défense
se replie sur la passerelle du Pont de Luxey qui formait le dernier
point d'appui.
Qui saura jamais et qui redira les efforts surhumains qui se dépensèrent
dans cette ultime action?
Le tumulte était énorme. Les Allemands hurlant leurs commandements
comme des fous lorsqu'une lueur domine l'horizon, suivie d'une détonation
formidable entendue dans tous les environs. C'était un camion
allemand chargé de munitions qui vient de sauter sur une mine
habilement placée. La fusillade va décroissant de part
et d'autre. Le silence regagne peu à peu, que vient cependant
troubler le bruit des camions allemands faisant demi-tour.
Il reste sur le terrain neuf véhicules en parfait état:
camion citerne, camion atelier de réparation et voitures diverses.
Les dégats
Si les allemands emportèrent leurs morts et leurs blessés,
il reste ds traces de combat dans le cadre où il se déroula.
Voici dans l'ordre de la bataille:
Une fusée allemande incendia toute la récolte de paille
de la ferme Maisonnave à 300 mètres de la route nationale.
A Trompeur, Monsieur Moumique, des Ponts et Chaussées, dont les
septs enfants, sur les conseils des FFI, s'étaient égayés
dans la forêt, fut victime de vols de draps de lits, dd'aliments
et d'effets.
En haut de la côte de la route de Bayonne, à proximité
d'un chêne abattu sur la route pour retarder l'avance des allemands,
ceux-ci incendièrent la coquette villa de Monsieur Dubos.
A mi-côte, la grange de la ferme de Coummassot fut incendiée
avec des allumettes tout au début de la bagarre. Deux habitants:
Monsieur Castets et son beau-frère Monsieur Lalanne furent utilisés
comme boucliers par les allemands et finalementa emmenés dans
un camion au plus fort de la bataille. Ils ne recouvrèrent la
liberté que le lendemain matin et à Dax où le convoi
dans sa fuite les avait fait suivre.
Toutes les maisons
sises dans les parages du Pont de Bats et de la passerelle du chemin
de fer de Luxey portent des traces de balles.
Tout en face du camion explosé, la villa de Monsieru Cascallu
a sa façade défoncée et l'intérieur dans
le plus piteux état. Quant à la maison voisine de Monsieur
Laffargue, une grenade incendiaire en eut raison. Il ne reste que des
décombres.
Encore faut il se réjouir que toutes ces victimes aient pu réchapper
vivantes de ce champ de bataille.
Les obsèques
des quatre tués du Pont de Bats, le 24 août 1944:
Capitaine Mellows, Capitaine Croharé, Adjudant Siot et Adjudant
Clapot.
Au garde à vous, entourant le Préfet: De Milleret, Léon
Dussarat (Léon des Landes)
Effectifs FFI ayant participé à l'engagement: une centaine
La colonne allemande était cinq fois plus nombreuse.
Pertes allemandes: quatre soldats inhumés à Dax et cinq
véhicules.
Une
borne à fleur de lys subsistait encore à l’angle d’un mur, boulevard
Alsace Lorraine à « Rigole ». Elle situait l’une des limites de
Saint-Pierre-du-Mont en 1866. Cette pierre a été malencontreusement
brisée lors de la démolition de cet angle de mur au mois d’octobre
1963…
LA
FIN DU XXème SIÈCLE
C’est l’après-2ème
guerre mondiale qui confère à la commune l’essentiel de son aspect actuel.
L’extension urbaine démarre dans les années 1950. La petite commune
qui n’avait atteint les 1000 habitants qu’à la fin du XIXème siècle
et stagnait encore à 1150 habitants en 1946, connaît alors un essor
démographique croissant et voit sa population progresser au fil des
recensements.
Devenue commune
urbaine, elle a été marquée, tout comme sa voisine montoise, par la
construction de nombreux lotissements récents qui confèrent à son urbanisme
ses traits particuliers : grande rareté de maisons jointives, large
prédominance de pavillons individuels entourés d’un jardin, qui expliquent
l’étendue de l’espace bâti et la faible densité de l’habitat et du peuplement.
Ce tissu urbain
à large maillage est traversé par des axes routiers disposés de façon
radiale convergeant vers la place J. Jaurès à Mont-de-Marsan, auxquels
s’ajoutent aux limites sud de l’espace bâti, la rocade de contournement
de l’agglomération montoise.
Cela vaut à St Pierre
d’être à la fois le noyau de peuplement originel, centré autour de la
vieille église, et une commune résidentielle.
Sa position en croissant
autour de la préfecture des Landes n'a pas favorisé l'essor
d'un centre bourg bien identifié et vivant. La construction d'une
petite cité HLM dans les années 1960 au quartier dit "La
Moustey" avec dans ce même quartier l'implantation d'un bureau
de poste et d'une petite galerie commerciale a encore accentué
l'incertitude quand à l'implantation du centre ville.
Ces dernières années, les ressources foncières
de Mont de Marsan s'amenuisant, les constructions fleurissent dans les
villages environnants. Saint Pierre du Mont a ainsi connu depuis l'année
2000 une explosion de constructions nouvelles essentiellement dans les
quartiers périphériques.
LE DÉBUT
DU XXIème SIÈCLE
Cependant, dans
les années 2003, l'opportunité s'est présentée
à la municipalité d'acquérir des terrains au centre
historique de St Pierre, autour de l'église.
La réfection totale du centre bourg est entreprise en 2005. Cent
quatre vingt logements viennent renforcer la population du centre ville.
Avec l'accord des commerçants qui restaient au centre, une zone
commerciale est crée.
La communauté d'agglomération construit sur ces terrains
une maison de retraite et un pôle culturel. Le centre bourg de
St Pierre du Mont change totalement de physionomie et devient un véritable
centre ville.
L'Hôtel de Ville vient compléter l'ensemble architectural
constitué de pierres, rappel de l'ancien mur de l'église
associées au verre et au métal.
D'autre part, l'armée
a cédé à la commune les terrains qu'elle occupait
sur le site de Menasse. La communauté d'agglomération
a établi sur ce site une Base de Loisirs autour de deux lacs.
Zone extrêmement attractive pour la population de l'agglomération
qui se presse nombreuse pendant les mois d'été.
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